382                          Les Spectacles de la Foire.
chambre dans le quartier du Marais où elle l'alloit trouver; et fur cela, no-nobftant qu'elle lui certifiât que c'étoient de fort mauvais dictons et rapports qu'on avoit faits contre elle, il injuria beaucoup Ia plaignante et même lui porta plufieurs coups de poing en différentes fois. Que ces reproches, injures et voies de fait ont été continués par ledit Salé jufque au premier du préfent mois que ledit Ribié, qui avoit appris les mauvais traitemens que ledit Salé faifoit à fa femme relativement à ce que, difoit-on, il .avoit dit lui-même à différentes perfonnes les faits ci-deffus reprochés par ledit Salé à fa femme, eft venu par-devant nous ledit jour premier mai préfent mois nous déclarer qu'il n'avoit jamais attaqué, ni eu intention d'attaquer l'honneur et la répu­tation de la plaignante ; qu'il n'avoit jamais tenu à qui que ce foit aucun mauvais propos d'elle et au contraire qu'il la connoiffoit pour une très-brave et honnête femme. Qu'il n'avoit jamais rien vu qui pût la déshonorer en au­cune manière : s'étant même réfervé de fuivre ceux qui avoient mis en avant ce qu'ils avoient dit audit Salé et à d'autres perfonnes, difoit-il, de la manière et ainfi qu'il aviferoit bon être ; ce qu'elle plaignante a fu et a vu par l'expé­dition de cette déclaration qui a été retirée par fon mari. Que tout cela n'a pas empêché que fon mari n'ait continué de l'injurier et maltraiter même cruellement et indignement en faifant retirer fés enfans et fa domeftique loin du lieu où il couche avec la plaignante et après avoii* fermé portes et doubles portes et même fenêtres, de lui porter différens coups, la faire déshabiller ou trouffer fés jupes et la fouetter indignement avec des verges, avec défenfe à elle de crier ni de fourciller, fous peine de lui en faire davantage ; ce qui eft arrivé pour la première fois le 20 du préfent mois et a continué ainfi plufieurs fois jufqu'à aujourd'hui, en lui défendant de n'en rien dire à qui que ce foit fous peine des plus mauvais traitemens : Et cela, difoit-il, pour lui faire avouer qu'elle fe débauchoit avec ledit Ribié, ce qui n'étant pas, elle ne pou­voit fe foumettre jufqu'à lui faire un fi terrible aveu. Que voyant ces mauvais traitemens et ne pouvant les fupporter davantage, elle s'eft retirée chez le fieur Affeline, fon frère, maître pâtiffier faubourg St-Denis, à qui elle n'a pu s'empêcher, ainfi qu'à fa belle-fœur, de dire la caufe pour laquelle elle fe re-tiroit ainfi chez eux. Que fon mari l'a été chercher chez fon frère, l'a ramenée chez lui en lui promettant de ne plus lui rien reprocher, ni de la maltraiter ; mais il n'a pas pour cela difeontinué fés reproches ni fés injures et eft tou­jours plus prêt à la maltraiter qu'à la traiter comme une femme aimée et refpectée doit l'être. Et comme la plaignante craint tout de la part dudit Salé, fon mari, qui ne ceffe point fés injures ni fés infâmes reproches, elle fe ré­fervé de fe pourvoir de la manière et ainfi qu'elle avifera bon être.
,                 Signé : F. Asseline.
Et le famedi 7 juin audit an 1783, dix heures du foir, eft encore comparue en l'hôtel et par-devant nous commiffaire fufdit, ladite Françoife Affeline, femme dudit Salé, étant et demeurant préfentement chez ledit fieur Affeline,